TACHILEIK, à la porte de la Birmanie
Ce 11 novembre, quand j’arrive à ChiangMai à l’heure du déjeuner, c’est pour reprendre un bus pour ChiangRai : cette route je la connais presque trop bien. J’ai fait l’erreur de ne pas écouter Dam qui me suggérait de passer une nuit à PAI puis de poursuivre jusqu’à un croisement où des bus, venant de ChiangMai et allant vers ThaTon, s’arrêtent pour prendre des passagers ; de ThaTon on rejoint ChiangRai, à bord d’un long-tail boat, en trois ou cinq heures et cette “croisière” aurait pu être une jolie expérience. Mais voilà quelquefois je suis un peu fatiguée et je vais au plus facile !
Les deux guesthouses proches que je connaissais (Ban Bua GH & Orchids GH) sont complètes : la saison touristique semble avoir recommencé. Je me rabats sur “The North” un petit hôtel près de la gare et du marché nocturne. Il s’avère plutôt agréable à tel point que je vais y passer une seconde nuit, profiter de la terrasse devant ma chambre (490b/12,25€) et de la connexion Wifi… Trois italiens sympas rencontrés dans le bus m’y ont suivie, ils poursuivent le lendemain pour le Laos…
Jeudi 13, le bus qui part de ChiangRai à 06:00 du matin (39b/1€), finit après moult arrêts par me déposer à la station de MAE SAE d’où un sorng-tàa m’emmène jusqu’au poste-frontière (10b). Un coup de tampon annule mon visa thaïlandais de deux mois ; je passe le pont, on me fait signe qu’il faut que j’entre en Birmanie par la droite ! Un premier bureau me renvoie vers un second quand je précise vouloir aller à KENGTUNG, à 160 km au nord.
Une jeune femme me confirme ce que dit le Lonely Planet, et qui n’a pas changé avec l’ouverture de la Birmanie contrairement aux informations lues sur un forum : pour chaque jour de présence en Birmanie, je dois être accompagnée d’un guide qu’il me faut payer 1000b/25€ par jour auxquels il convient d’ajouter ses frais de déplacement, son hébergement et ses repas ! Je n’hésite pas très longtemps et décide de rester à la porte de la Birmanie. Moyennant 500b/12,5€ un laisser-passer de 2 semaines m’est octroyé, je n’ai pas le droit de m’éloigner de plus de 5 km.
Dépossédée de mon passeport mais pourvue d’un laisser passer, j’entre dans cette ville sans la moindre information, je n’ai pas de guide sur la Birmanie. Je marche à l’intuition, à la recherche d’une auberge. Une jeune femme en moto s’arrête et me propose de m’emmener ; elle comprend quelques mots d’anglais suffisamment pour savoir que je recherche un hôtel. Avec mon sac de voyage, la moto tangue mais ça fonctionne. Un premier hôtel ne peut m’accueillir – j’ai fait l’hypothèse qu'il n’avait pas le droit d’héberger des étrangers -, le second, tout près du marché local est parfait, récent et confortable : grande chambre pour 700b/17,5€ ; la connexion wifi est bonne, accessible dans ma chambre et je peux me connecter à Gmail, Facebook et mon blog sans difficulté… Est-ce lié à l’ouverture du pays ces deux dernières années ou au simple fait que nous soyons sur une ville frontière commerçante ?
Je ne sais pas qui est mon interlocutrice et si son aide est purement amicale ou si elle chercher à gagner un peu d’argent. Je crois comprendre qu’elle me propose de me faire visiter sa ville à moto ; j’accepte, lui donne rendez-vous à 16:00 et propose de la dédommager à hauteur de 100b de l’heure. Why – je doute de l’orthographe – est là à 16:15 ! En regardant des horloges ça et là, je finis par comprendre qu’il y a un décalage horaire d’1/2 heure.
Sans le sac de voyage, la moto est beaucoup plus confortable. Why m’emmène à la pagode qui surplombe la ville et qui toute dorée à un faux air de la Shwedagon de Yangon.
Nous entrons sur l’esplanade d’où elle s’élève, une jeune fille se précipite pour me protéger du soleil à l’abri d’un parapluie ; elle a le visage maquillé de Tanaka cette poudre d’arbre que les birmans se mettent sur la figure pour l’hydrater… Et je suis sûre, pour le coup, que cette prévenance est intéressée ! Le tour du lieu fait – rien de bien remarquable - nous repartons pour visiter un monastère, échangeons quelques mots avec un moine et sourions aux jeux des enfants-moines présents. Why m’emmène dans un troisième monastère, un quatrième, puis un cinquième, mais là je sature ! Ca tombe bien la nuit arrive je lui propose d’aller boire un jus de fruit dans une pâtisserie ; je lui donne les 200b/5€ promis ; elle pense que c’est pour régler nos consommations ! Décidemment nos relations ne sont pas claires… Je lui fais comprendre que je ne souhaite pas visiter les 2 ou 3 temples qu’il reste et que dès lors nous ne nous verrons pas avant mon départ : elle propose de m’accompagner au poste frontière dimanche.
Je vais passer mes deux journées à alterner les balades sans but et les temps dans ma chambre devant mon petit ordinateur. Je vais apprécier de devoir traverser un grand marché, m’étonner de voir le nombre de joueurs de billards, sortir de la ville pour voir un golf et des hôtels de luxe se construire, je vais sourire avec des ouvriers qui font la chaine pour se passer une à une les agglos nécessaires à l’élévation du bâtiment, avec des enfants moines qui rentrent dans leur monastère, avec des “balayeuses de rues” qui écoutent les “consignes du chef (?)… Je retrouve toutes les spécificités de la Birmanie : conduite à droite avec des voitures importées qui ont le volant à droite, longis pour les hommes et femmes qui le nouent de façon différente, omniprésence des moines, longues files dans les rues ou quête individuelle de leur repas, crachats rouges de bétel dans les rues. Jamais je n’ai eu besoin de changer mes bath en kyats,la monnaie birmane : tous les prix sont libellés en monnaie thaïlandaise à tel point que dans une petite pizzeria locale, la serveuse a dû appeler sa direction pour connaitre le taux de change : un client voulait payer en monnaie birmane !
Dimanche 16 novembre : ma valise est prête, Why frappe à la porte, ce qui me surprend : en Birmanie, il était demandé aux birmans de réduire au minimum les contacts avec les étrangers et notamment ils n’avaient pas le droit de les inviter chez eux. Alors, ouverture du pays ? Spécificité d’une ville frontière ? Statut particulier de cette jeune femme ? Elle propose de m’emmener prendre un petit déjeuner
continental dans un café ce que j’apprécie malheureusement il n’est pas encore ouvert et nous devons nous rabattre sur l’établissement adjacent qui nous propose du café et des gros beignets délicieux mais très huileux… Décidément j’aime bien les birmans, c’est un peuple discret, souriant, vraiment attachant.
J’étais un petit peu triste de quitter Why à la frontière où je récupère mon passeport sans difficulté, passe les formalités thaïlandaises et me voit offrir un nouveau visa de 30 jours mais zut il est jusqu’au 15 décembre et je pars le 16 :Je vais vraisemblablement avoir une amende à payer pour ce dépassement !
Taxi collectif pour arriver à la station de bus de Mae Sae, bus local pour rejoindre ChangRai et je prends pour la à nouveau un bus qui me ramène sur ChiangMai.
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