MAE HONG SONG, de virages en boucles
Jeudi 6 novembre
Quand, à l'heure du déjeuner, j'arrive à la gare routière de ChangMai, j'ai trois possibilités :
- passer une nuit ici et assister à l'envol des centaines de lanternes thaïs que les étudiants vont allumer ce soir pour clore le festival Loi Kratong
- reprendre un bus pour ChangRai, traverser la frontière et passer en Birmanie
- aller me balader du côté de Mae Hong Song
J'opte pour cette 3e option et après un déjeuner sur le pouce, grimpe dans un mini-bus pour PAI. ChiangMai/Pai (150b/3,75€). Dans le véhicule, je fais plus ample connaissance avec Nicole et Gilbert, un couple de Nantais, qui étaient aussi dans le précédent bus et profite de leur demande de réservation à la DUANG Guesthouse de Pai.
La route qui va de ChiangMai à Mae Hong Song est célèbre pour ses 1830 virages, c'est un itinéraire qu'affectionnent tout particulièrement les motards. Elle traverse une forêt tropicale très dense avec peu de trouées pour embrasser les montagnes alentour ; un seul arrêt en chemin, personne n'est malade dans le minibus, une chance.
Nous arrivons à Pai vers 18:00, il fait nuit et l'auberge réservée a pour avantage d'être en face de la station de bus. Les bungalows qui nous sont attribués sont rudimentaires (400b/10€) et vont s'avérer bruyants et malodorants, l'environnement est glauque et les averses récentes ne l'ont pas amélioré. Nous partons à la découverte de la petite ville, repaire de touristes tant étrangers que thaïlandais, les guesthouses y sont plus nombreuses que les habitations privées. Pai fête aussi la fin du festival Loi Krathon et, au bord de la Mae Nam, des lanternes sont envoyées dans le ciel et des bateaux en feuilles de lotus, contenant une bougie (grà-tong), déposés sur la rivière.
In extremis, je décide de poursuivre sur Mae Hong Song et achète la dernière place du minibus (150b/3,75€) que Nicole et Gilbert ont réservé la veille et qui part à 09:00. Le bus local que j'envisageais de prendre à 11:00, arrive de ChiangMai, est souvent en retard et quelque fois complet : je ne veux pas courir de risques. La route continue à sillonner à travers la forêt mais grimpe de plus en plus, les virages sont en épingles à cheveu et se succèdent sans jamais de ligne droite : doubler peut s'avérer dangereux, sans visibilité, mais la vitesse des uns et des autres reste faible.
Vendredi 7 novembre
A l'arrivée, un tuk-tuk (80b/2€) nous dépose au 'centre ville', près du lac.
Mes compagnons de route ont opté pour un bungalow, son coût est en dehors du budget que je me suis alloué, je pars à la recherche de mon hébergement et je ne dirai jamais assez le confort que procure mon sac à roulette... J'en visite deux ou trois avant de trouver une chambre agréable, avec vue sur le lac à la Kiang Doi House (400b/10€). Je me balade le nez au vent dans cette petite ville de 8000 habitants, visite les Wat Jong Kham et Wat Jong Klong qui éclairés le soir se reflètent si joliment dans le lac. En passant devant, je ne peux que remarquer l'agence de Dam : une immense publicité du Guide du Routard fait office de pare-vent ! Et le bonhomme a du bagout ! Moi qui n'avais aucune intention bien précise je me laisse embarquer pour un trek de trois jours avec une nuit dans un village Karen et la seconde dans la jungle (3000b/75€ pour 3 jours). Le trek est confirmé, deux personnes sont déjà inscrites : quand j'appose mon nom sur le listing je vois qu'il s'agit de... Nicole et Gilbert ! Ils vont se sentir poursuivis ! Je dîne en plein air, un marché nocturne s'installe tous les soirs autour du lac et des petites gargotes proposent toutes sortes de plats ; les lumières du temple en fond ajoutent à la tranquillité du lieu... Je filme l'envol de mon grà-tong sà-wän (céleste), une lanterne thaï (25b)...
Samedi 8 novembre
Nous avons rendez-vous à l'agence Nam Rin Tour, à 09:00. Nous y laissons nos gros sacs de voyage et partons avec des 'petits' sacs à dos. Dam nous remet notre déjeuner enveloppé dans des feuilles de bananier. Nous partons en voiture et nous faisons quelques stops pour évoquer historiquement l'importance des éléphants et leur dressage dans l'économie de la région ou la confusion faite par les guides 'de Bangkok' entre les feuilles de teck et de bois rouge.
Nous arrivons dans un village hmong dans lequel nous nous baladons sur un terrain rendu très glissant par les dernières pluies. Les Hmongs sont arrivés, du Vietnam et de Chine, il y a plus de 100 ans; Ils pratiquent la culture sur brûlis, cultivaient autrefois le pavot mais depuis son interdiction, la mode est au chou, à la tomate, à l'ananas, au maïs... Ils ont beaucoup d'enfants (120 dans ce village de 400 personnes) et même s'ils n'ont officiellement qu'une épouse, les hommes ont souvent 3 ou 4 femmes. Une école primaire, dans le village enseigne entre autres disciplines, le thaïlandais.
Nous commençons notre trek à travers les bambous ; la végétation est haute et notre guide doit se servir de sa machette pour refaire le chemin. Nous ne savons pas où nous mettons les pieds et chacun à notre tour nous serons victimes d'une ou deux glissades, heureusement sans conséquence. Nous croisons quelques paysans récoltant le riz de façon très artisanale, un riz fait pour leur propre consommation, une variété qui pousse avec très peu d'eau, moins bonne.
Dam nous montre comment récupérer les précieux vers qui se cachent dans certaines variétés de bambous (cf.vidéo).
Dîner sympa (à base de riz) avec toute la famille, assis à même le sol... Après le repas, Dam nous emmène rencontrer d'autres habitants du village et nous demande d'être discrets, de ne pas manifester notre étonnement : un jeune couple mange du rat (des champs) ce soir au dîner : la trentaine, trois enfants. Ils n'ont rien : dans la même pièce, un feu autour duquel la famille est assise et au-dessus duquel de la viande sèche, à côté des couvertures en désordre à même le sol, le lit de la famille. Le revenu annuel d'une famille Karen serait de 3000b/75€.... Et bien peu de perspectives de s'en sortir, pas de route, pas d'activité économique, de la survie ; il n'y a d'issue que dans l'éducation des enfants mais le gouvernement est loin de la favoriser... Un second couple nous accueille gentiment, pas d'électricité dans la hutte, tous les deux, assis près du feu, portent une lampe frontale sur la tête. A notre retour, sur la natte du dîner sont posés trois paquets de couvertures et une grande moustiquaire recouvre le tout : notre lit est prêt ! Heureusement, nous avons nos 'sacs à viande' individuels. Vers 20:00, tout le monde est couché. On papote faute d'arriver à s'endormir. Vers 22:00, une ombre furtive entre dans la pièce et trafiquote dans le coin cuisine : c'est le maître de maison qui a une petite faim et vient manger du riz, nous pouffons de rire. Au milieu de la nuit, les chiens se mettent à aboyer, voire se battent au grand dam de nos hôtes qui cherchent à les calmer ; mes compagnons de route en profitent pour faire une sortie nocturne pour des besoins primaires, Gilbert oublie la marche et manque de se faire très mal, nous sommes tous bien réveillés... 03:45 : les coqs se mettent à chanter, un quart d'heure plus tard notre hôtesse entre dans la pièce, allume le feu et commence à faire cuire du riz...
Puis notre guide, qui a dormi chez un ami, débarque : il vient cuisiner le petit déjeuner et le déjeuner. Gilbert a réussi à dormir, Nicole et moi avons passé une nuit blanche mais nous sommes en vacances, nous nous levons de bonne humeur...
Nous visitons l'intérieur d'une maison qui héberge une vingtaine de personnes : tout est sombre, sol en terre battue, coin cuisson, sacs de riz en réserve, un tableau au mur rappelle que les hmongs restent animistes...
Vers 16:00, nous sommes heureux d'arriver dans le village Karen qui va nous héberger. Notre guide nous propose de prendre une douche dans le local ad hoc (!) - des grandes bassines pleines d'eau, un wc à la turque, un tuyau d'arrosage, de la terre battue et nulle part pour poser ses affaires - avant le retour des travailleurs des champs, et surtout à lui ficher la paix pendant qu'il prépare le dîner. Nous passerons la nuit dans une maison sur pilotis : une grande pièce, dans un coin un foyer et deux chambres que nous ne visiterons pas.
Dimanche 9 novembre
Au petit déjeuner nous avons droit à du pain blanc grillé (enfin réchauffé) au coin du feu, des bananes, du thé et si nous le souhaitons du riz. Avant de le quitter, Dam nous fait faire le tour du village ; nous avions repéré l'église toute proche de notre hébergement, de plus une cérémonie s'y est déroulée ce dimanche matin dès 06:00. Au fond du village le temple bouddhiste, lieu essentiel car son espace permet de regrouper tout le village... A 08:30 nous reprenons le chemin. Changement de décor pour cette journée : nous la passons dans la forêt sans beaucoup voir le soleil ; des sentiers rocailleux à flanc de coteau, nous marchons sur des pistes de 15 à 20 cm de large, hérissées de pierres tranchantes ou glissantes, nous avons les yeux rivés sur nos pieds... A l'heure du déjeuner, Dam nous confectionne des tasses en bambou et nous remet à chacun le petit paquet de riz au poulet et légumes qu'il a cuisiné ce matin et enveloppé dans une feuille de bananier. On découvre les plantes qui fournissent des pommes de terre sauvages aux birmans qui tentent de passer clandestinement en Thailande.
Vers 16:00, nous atteignons une petite cascade qui forme deux bassins superposés. Pendant que nous nous baignons, notre accompagnateur répare l'échelle qui mène au deuxième niveau de la cascade. Nous reprenons le chemin pour une heure. Le refuge de ce soir c'est une cabane en pleine jungle, ouverte à tous les vents. Un jeune Karen est déjà arrivé et a préparé le feu et oh surprise au dîner nous aurons chacun un poulet "one tourist, one chicken"...qu'on ne finira pas évidemment. Une douche a été aménagée dans le cours de la rivière avec un tronc de bambou... 18:00, nous avons dîné, la soirée va être longue, que faire ? Notre guide s'installe en face de nous et nous demande un bilan de ces deux premières journées : nous sommes plutôt contents même si nous trouvons ce trek assez technique, nous craignons les chutes régulièrement. Mais la conversation s'épuise vite et vers 19:30, nous sommes tous couchés. Le feu, resté allumé toute la nuit, nous a protégés des animaux nuisibles : pas le moindre tigre n'est venu nous importuner, par le moindre éléphant nous tromper et la moustiquaire a pu écarter les bestioles tant redoutées... Curieusement nous avons bien dormi sur ces planches, dans cette nuit noire, entourés de bruits non identifiés...
A 04:00, je me réveille et, derrière ma moustiquaire, je regarde Dam s'affairer en face de moi... Il décortique une à une la douzaine de grenouilles que le jeune Karen a attrapées hier soir et enfermées dans une bouteille... Il nous a aussi préparé un gâteau dans un tronc de bambou... Cet homme n’arrête jamais de travailler ! Petit déjeuner pantagruélique... Nous n'avons pas mangé le 1/4 de ce qui nous a été préparé ! Avant de reprendre la route, Dam nous montre un piège utilisé par les paysans pour attraper des petits animaux dans la forêt mais il explique aussi que ce type de piège a tué nombre de soldats américains pendant la guerre de Vietnam : il nous recommande surtout de ne jamais nous écarter des chemins...
Belle expérience que ce trek avec un guide intéressant et sympathique. Avant de quitter Mae Hong Song je passe chez le coiffeur qui, aux dires de Dam, est le meilleur de la ville : 200b/5€, la coupe.
Lundi 10 novembre
Pour cette troisième journée, nous changeons encore de type de difficultés : ce n'est pas moins de 15 fois que nous allons devoir traverser la même rivière : le courant est fort, l'eau nous arrive à mi-cuisses et les galets sous sont glissants ! Inutile de dire que les appareils photos restent empaquetés dans nos sacs à dos...
Malgré nos précautions, les affaires sont humides mais avec la chaleur ambiante ce n'est pas un problème longtemps. Notre trek se termine vers 12:00, la voiture vient nous récupérer pour faire les 10 derniers kilomètres et nous passons à la station de bus réserver nos billets pour le lendemain. Je retrouve pour la nuit la même chambre laissée deux jours plus tôt et je peux déposer du linge à la laverie... Après l’effort, le réconfort !
Bonjour,
RépondreSupprimerJe pars avec ma copine en Thailande d'ici quelques jours, et nous souhaitons vivre un trek avec Dam. Très difficile à distance, nous n'arrivons pas à le contacter (notre demande par mail est restée sans réponse).
Avez-vous des conseils ? Un numéro ?
Nous avons peur que le trek soit complet, ou qu'il n'y en ait pas les quelques jours où nous y sommes.
Merci de votre retour,
Clément.